Colombie: le démenti

Ca y est: on est en Amérique du Sud ! Mais quand je vous dis Colombie, vous pensez quoi ? Cocaïne, trafiquants, Farc, jungle, Ingrid Betancourt, Pablo Escobar, cartel de Medellín ? Ben nous aussi. Enfin, ça, c’était avant d’y être allé… Voyons voir un peu comment vous, vous auriez survécu.

 

 

Alors, faisons un petit quizz, et mettez-vous à notre place : vous êtes fraîchement débarqué du voilier aux premières lueurs de l’aube, dans un pays inconnu – ou plutôt non, notoirement connu pour son insécurité. Votre première mission est de :

a) Trouver un logement.

b) Aller pisser un coup.

c) Aller prendre un café, après tout on est en Colombie non ?

Réponse : aucune des 3. Le plus important en arrivant dans un nouveau pays est de : retirer du cash ! En effet, impossible de faire quoi que ce soit d’autre sans avoir un minimum de monnaie locale en poche. Ensuite, et ensuite seulement, vous pourrez aller pisser un coup, car faut quand même bien avouer que les toilettes dans le voilier, avec le roulis ce n’était pas du tout cuit. Pour le café, à vous de voir – pour moi ce sera un expresso bien noir.

Donc vous voici arpentant la ville pour faire guichet automatique après guichet automatique ; c’est généralement au bout du 3ème ou 4ème que vous en trouverez un compatible avec votre carte. Faites attention de ne pas vous mélanger dans les codes, car si vous bloquez votre carte, la succursale de votre banque la plus proche est à 6000 km.

Ah oui, le logement. Vous avez plusieurs possibilités devant vous :

a) Vous vous baladez au hasard dans la rue et prenez le premier motel trouvé, généralement bien pourri.

b) Avant d’embarquer sur le voilier, vous avez demandé à votre ami Roberto le Mexicain d’utiliser ses talents en espagnol pour téléphoner et vous réserver un motel.

c) Idem que b), mais vous vous êtes assuré en plus que le motel en question avait un stationnement suffisamment grand pour recevoir votre véhicule une fois qu’il sera sorti du port. Malin le gars.

Réponse : a) au hasard dans le premier motel pourri, puisque même si vous aviez pris l’option c) et téléphoné avant pour réserver dans le super motel, le gérant – bien que charmant – s’est emmêlé les pédales et n’a plus qu’une demi-chambre de libre : en tout cas, ce fut notre expérience personnelle.

Bien, vous êtes installé dans votre chambre pourrie, riche de quelques centaines de milliers de pesos en poche (ne vous excitez pas, vu le taux de change ça ne représente que quelques dollars ou euros), et la vessie vide. Paré pour une journée pleine d’énergie et aller chercher votre véhicule au port ? Alors en avant !

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La procédure est simple :

1- Allez au port en taxi avec vos amis Roberto et Jacky.

          1a) Plus vite dit que fait, car il y a 5 ports différents dans la ville… À vous de trouver le bon. Bonne chance.

2- Entrez au port

          2a) Vous apprenez qu’à l’intérieur du périmètre, vous devez porter gilet fluo, casques et chaussures de sécurité, sinon vous ne rentrez pas. Vous faites remarquer que c’est bien prudent, des fois que vous vous preniez un container sur la tête ça fera toute une différence… Le garde n’aime pas votre humour. Vous ressortez.

          2b) Vous vous pensiez malin en ayant apporté votre gilet fluo, mais il faut bien reconnaître que sans casque ni chaussures ça ne vous servira pas à grand-chose. Éclair de génie, vous avez remarqué dans la rue le gars qui vend des accessoires de sécurité, vous lui rendez une petite visite.

          2c) Bien sûr, le type vous voit arriver de LOIN. Vous puez le touriste plein de dollars à des kilomètres à la ronde, et il ne vous vendra le casque made-in-china qu’à prix d’OR. Et non, il ne fait pas de location pour une heure ou deux. Pas le choix, vous achetez. Et pour les chaussures de sécurité ? Le type vous annonce avec un grand sourire édenté qu’il n’y en a aucun à vendre dans les environs. Crotte.

          2d) Vous êtes bien coincé, mais votre ami Roberto arrive finalement à convaincre le garde du port que gilets et casques seront suffisant pour vous sauver la vie. Comme quoi ça sert de savoir parler espagnol en Amérique du Sud : vous vous en doutiez un peu, mais aviez laissé tomber les cours en vous disant « que vous y arriveriez bien ». Bravo champion.

          2e) Vous avez mis une heure à rentrer à l’intérieur du port, tout ça pour vous faire refiler un petit papier disant que oui, les véhicules sont là (c’est déjà ça). Le fameux papier (un « bill of ladding ») est à faire tamponner à la douane, qui se trouve à des kilomètres de là.

3- Allez à la douane

          3a) Présentez-vous dans la salle d’attente, déjà bien pleine, et remplissez quelques formulaires. Laissez Roberto faire copain-copain avec le vigile, et boum, votre dossier passe en haut de la pile. Vous vous croyez alors incroyablement chanceux pendant 36 secondes, avant que le douanier vous annonce qu’une inspection du véhicule est obligatoire : bien sûr, impossible de la faire le jour même, inspection remise au lendemain. Bon perdant, vous retournez à l’hôtel pour boire des bières en racontant à votre conjointe vos démarches héroïques de la journée…

4- Le lendemain, retour au port – toujours en taxi, mais dont cette fois le chauffeur ne peut plus vous escroquer sur le prix de la course vu que vous savez combien elle coûte en réalité – bien que vous vous trompiez encore sur le taux de change qui fait qu’un soda coûte 5000 pesos.

          4a) Haha, vous vous permettez de faire le mariolle devant le garde vu que vous avez votre casque et votre gilet. Cette fois-ci vous avez le droit d’aller vous balader tout seuls dans le port (bonjour la sécurité) jusqu’à la zone où se trouvent vos chers véhicules que vous n’avez pas vus depuis une semaine. Les retrouvailles vont être émouvantes.

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          4b) Votre ami Jacky retrouve son véhicule avec un parebrise superbement fendu. Roberto lui n’a aucun problème avec sa voiture ; seul problème, le jour où il l’avait laissée, elle était accrochée à sa caravane, qui a maintenant disparu. Petit moment de flottement avec les employés du port, jusqu’à ce qu’il apprenne que la caravane, étant classée « non motorisée », avait été rangée à l’autre bout du port. Ça aurait été trop facile de la laisser accrochée à la Jeep. Enfin…

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          4c) (étape optionnelle) Prenez 5 minutes pour savourer le fait que vous êtes un sacré chanceux, parce que vous, votre véhicule est indemne, et n’a pas été envoyé en Chine. Il est un peu -beaucoup- poussiéreux, mais pas d’accident, pas d’effraction, et il n’est pas tombé par-dessus bord du cargo.

          4d) Arrivée de votre inspectrice des douanes, une charmante jeune fille. Ça fait changement. Bien sûr, elle veut voir l’intérieur. Vous n’avez pas les clés (vous les avez laissées au préposé à l’embarquement au Panama), elle non plus. Le responsable de la zone de stationnement ne les a pas lui non plus, mais « peut-être au bureau principal ? » Vous ne parlez pas bien espagnol, Jacky non plus : vous laissez donc Roberto effectuer trois fois le tour du port en courant, faire tous les bureaux pour revenir au point de départ, et ouvrir le tiroir du bureau du responsable de la zone : Ah tiens, les clés étaient là depuis le début !

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          4e) L’inspection, c’était de la rigolade pour quelqu’un comme vous, juste un contrôle des numéros de série. Vous avez le papier du port, le papier des douanes, vous pensez que vous pouvez donc sortir ? Bravo, je vois que vous n’êtes pas tombé dans le piège : il vous manque bien sûr un autre document – et comme bien souvent quand on s’approche de la fin des démarches, il s’agit : d’une facture.

5- Passez aux bureaux du port pour payer.

          5a) Ayant l’esprit aiguisé, vous remarquez du premier coup d’œil qu’ici tout est superbement organisé. Salle avec air climatisé, avec un guichet à droite ou une gentille dame vous remet votre facture (pour frais de manutention et stockage), et un guichet de banque à gauche pour présenter votre facture, faire le paiement, puis retirer le reçu qui vous permettra de sortir votre véhicule du port. Pour une fois, ça paraît facile.

          5b) Après présentation de votre facture, le monsieur au 2ème guichet vous annonce qu’à cette banque ils ne prennent ni les cartes de crédit, ni les dollars. Pesos uniquement. Génial. Vous faites vos poches et vous rendez compte qu’à vous trois il ne vous reste de toute façon qu’à peine de quoi vous payer un sandwich, il vous faut donc sortir du port et partir à la recherche d’une banque en territoire hostile.

          5c) Aller à la banque sans passer par la case Départ. Comme d’habitude, ce n’est qu’à la troisième que vous arriverez à retirer des pesos, tout en remarquant avec une certaine ironie que le nom de la banque est le même que celle du port. Allez comprendre. Ils sont fous ces Colombiens.

          5d) Retournez au port – en taxi, histoire de ne pas vous faire braquer votre argent durement retiré.

          5e) Vous pouvez maintenant sortir du port, grâce au dernier papier chèrement obtenu. Mais est-ce que ça veut dire que vous devez le faire ? Mmm ? Oui, n’est-ce pas, vous flairez le piège ! Il vous manque l’ A-S-S-U-R-A-N-C-E ! L’assurance est obligatoire pour rouler en Colombie, et même si elle ne l’y était pas, vous n’avez aucune envie de vous retrouver dans une prison sud-américaine pendant 20 ans au cas où vous abîmeriez légèrement un piéton dans votre précipitation à rapporter votre fidèle Macc dans le stationnement de l’hôtel ou vous attend impatiemment votre petite famille. N’est-ce pas ?

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          5f) Dans beaucoup de pays latinos, l’assurance obligatoire se nomme SOAT, acronyme de l’espagnol « Seguro Obligatorio de Accidentes de Tránsito » (en québécois, « Savoir Oû l’Acheter Tabarnac !!! » ). Coup de bol, vous trouverez après seulement quelques centaines de mètres de marche en pleine chaleur un petit bureau qui vend des SOAT. Monsieur joue au solitaire sur l’ordi, Madame vous confirme qu’il n’y a aucun problème pour vous délivrer la SOAT. Enfin, aucun problème mis à part que l’internet du bureau est tombé en panne, mais la madame vous propose de l’attendre ici pendant qu’elle fait l’aller-retour chez elle pour utiliser l’internet de sa maison. Alors interro surprise, que faites-vous ? Vous avez le choix entre a) Confier vos documents, papiers & passeport à une parfaite inconnue qui part dans la pampa ou b) Partir chercher un autre bureau de SOAT dans les environs. Réponse a) bien sûr, car vous en avez vraiment ras le bol, et vous vous en foutez un peu pour autant que ça vous laisse le temps d’aller manger un morceau au frais en attendant le retour de la madame…

          5g) Quelques heures ont passé. La madame colombienne n’est toujours pas revenue, et le sandwich commence à vous peser sur l’estomac. Auriez-vous fait le mauvais choix moussaillon ? Vous commencez à trouver le temps long et vous jurez, mais un peu tard, que l’on ne vous y prendrait plus…

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          5h) La brave madame est enfin revenue avec tous les papiers – vous vous en voulez un peu de ne pas lui avoir fait plus confiance, avec tous les efforts qu’elle a faits. Vous avez juste le temps de signer, car il est 16h le vendredi soir, et pas question de laisser les véhicules au port tout le week-end et de rentrer à l’hôtel en taxi les mains vides.

          5g) Vous vous rendez compte au moment de signer que cette vieille sorcière veut vous faire payer le prix fort, essayant de vous classer votre camping-car minuscule dans la catégorie super-poids lourds / engins de chantier. Et juste avant l’heure limite bien sûr. Bingo, merci beaucoup, mais ça ira comme ça. En conciliabule avec vos amis sur le parking, vous décidez à l’unanimité de prendre la décision la plus sage en l’occurrence : rouler sans assurance jusqu’à l’hôtel et attendre lundi pour un autre bureau, bref en gros refuser de payer la tentative d’extorsion de la sorcière… Non, mais !

6) Sortez vos véhicules du port

          6a) Vous retournez au port en faisant coucou au passage à votre pote le gardien de l’entrée, démarrez et zigzaguez parmi les containers jusqu’à la sortie. Vous tendez d’une main fébrile tous vos laissez-passer au dernier surveillant du port (du fort ?), et vous vous lancez dans la circulation loufoque sans regarder en arrière…

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          6b) Bien évidemment, votre détermination de tout à l’heure s’évanouit à vitesse grand V. Rouler sans assurance est une stupidité, surtout au milieu de la foule des piétons si dense que par moment vous vous demandez si le GPS ne vous a pas conduit au milieu du marché central de la ville. Et bien sûr, chaque fois que vous croisez une voiture de police avec votre camping-car français qui flashe « Contrôlez-moi je suis un touriste », vous enfoncez un peu plus dans votre siège avec l’impression d’être Osama Bin Ladin…

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Mais vos efforts sont enfin récompensés : après une trentaine de minutes vous pénétrez enfin dans l’enceinte de l’hôtel, rapportant triomphant à votre petite famille le foyer dont elle était privée depuis une semaine, le tout dans un grand concert de coups de klaxon. Bravo ! Vous avez passé le test, vous avez définitivement l’étoffe suffisante pour vous aventurer en territoire colombien – mais n’oubliez quand même pas d’aller payer votre assurance lundi matin.

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Enfin, ça paraît facile condensé comme ça, mais pour nous le tout s’est quand même déroulé sur 4 bonnes journées… Quoiqu’à bien y repenser, ce n’est pas vraiment un exploit, juste prendre son temps à travers toutes les démarches et les embûches…

Une fois notre cher Macc récupéré, nous pouvions nous laisser aller à un peu de farniente… Visite de la vieille ville, seuls ou entre amis (le centre de Cartagena est très joli, et aussi très touristique).

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… Nettoyage de fond en comble de notre maison roulante…

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Repas succulent offert par Françoise et Jacky pour nous remercier du support apporté (merci à vous les amis !).

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Et balade au fort qui surplombe la ville….

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Après quelques jours, nous sentons néanmoins que nous commençons à avoir des fourmis dans les pattes : signe que, comme pour les oiseaux migrateurs, le départ approche. Histoire de reprendre un peu nos marques avec le Macc, nous faisons une sortie d’une journée jusqu’au volcan El Totumo, ou nous avons prévu de nous jeter dans le cratère. Non ! N’appelez pas l’asile psychiatrique tout de suite ! Il faut savoir que le volcan El Totumo est un peu, disons… spécial.

Premièrement, il est tout petit, il ne fait qu’une quinzaine de mètres de haut. Pas très impressionnant, il y a même un escalier en bois qui mène à son sommet.

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Deuxièmement, et ce qui fait son principal intérêt, le volcan Totumo ne crache pas de la lave, mais de la boue chaude. Vous pouvez donc aller plonger dans son cratère et prendre un bon bain de boue, aux propriétés plus ou moins thérapeutiques. Mais juste pour la sensation de nager dans un bain de boue tiède (en sachant que le fond se situe à plusieurs centaines de mètres sous vos pieds) c’est une expérience unique en soit. Et avec les enfants, on constate vite que même en essayant le plus fort possible, même en vous appuyant sur la tête, la densité de la boue fait que vous ne pouvez pas vous enfoncer plus bas que le cou. Deuxième constatation, impossible de nager dans la boue comme vous le feriez dans l’eau. Il vous faut ramper, glisser, rouler…

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Nous avons passé un bon 2 heures dans la boue… au début pour nous faire masser agréablement, ensuite pour nous amuser, et bien sûr, ça a fini par dégénérer en bataille de boue. Inutile de vous dire que tout le monde s’est bien amusé, tout le monde sauf… Clément. Eh oui, le bain de boue ne lui a pas plus et il est ressorti immédiatement… Peut-être parce qu’on passe habituellement nos journées à lui dire de ne pas jouer dans la boue ? 😉

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Allez, cette fois-ci il est temps de partir pour de bon. Nous faisons un petit arrêt au supermarché Carrefour : Eh oui, cette marque française est présente en Colombie, et comme c’est la première fois que nous en voyons, nous n’hésitons pas à acheter quelques produits français, comme de la moutarde, mais surtout du fromage à fondue : Miam ! Puis nous faisons nos adieux à l’océan Atlantique, car nous ne le reverrons pas avant un moment, pour l’instant nous allons direction le Pacifique, 2000 km jusqu’au prochain pays, l’Équateur. Une bonne heure pour sortir de Cartagena, et notre petit convoi de 3 véhicules s’élance vers le Sud.

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Nous avons choisi d’éviter Cali et Medellín, pour plusieurs raisons, la principale étant que les villes en général ne nous attirent pas trop. Il peut aussi y avoir des problèmes pour circuler, pour se trouver une place pour la nuit, et des problématiques de sécurité dans certains quartiers.

Une fois sur la route, un détail pique notre attention : il y a beaucoup de voitures Renault ! Nous en avions vu un peu en Amérique Centrale, ainsi que des Peugeot, mais ici il y en a foison ; c’est aussi et surtout qu’il y a beaucoup de vieilles Renault, celles que nous avions l’habitude de voir dans notre enfance : Renault 4, Renault 6, R12, R16… Et surprenamment en très bon état, ce qui ferait la joie d’un collectionneur. Nous apprendrons par la suite que c’est la Sofasa, une filiale colombienne de Renault, qui les assemblait encore récemment. La R9 par exemple n’a été retirée des lignes de montage qu’en 1999.

 

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Nous avons prévu de faire quelques journées de route bien remplies. C’est vers la fin de la toute première, lorsque le soleil commence à être bas dans le ciel, que nous arrivons dans un endroit un peu louche. Une espèce de gros bidonville qui s’étire tout le long de la route, de la taille d’un village, mais fait seulement de cahutes primaires et poisseuses, devant lesquelles s’entassent des piles de bidons et de tuyaux. Et soudain, on comprend : les trafiquants d’essence ! On en avait entendu parler : ils importent du carburant arrivé illégalement du Venezuela (ou le prix à la pompe est seulement de 0.03€ le litre !), le stockent dans des bidons divers et le revendent au bord de la route. Si vous êtes intéressé, un tuyau surmonté d’un bout de chiffon en guise de filtre et votre plein est fait, mais c’est risquer pas mal d’impuretés pour un prix de revente à peine plus bas que le prix officiel. En tout cas, une étincelle et c’est tout le village qui part en fumée, ici il n’y a aucune sécurité ni précaution pour le stockage des carburants…

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Nous passons notre chemin pour aller dormir un peu plus loin, sur le parking d’une vraie station-service. Les policiers qui passeront nous rendre visite un plus tard nous confirmerons que la zone précédente n’était pas du tout sûre, et que nous avons bien fait de ne pas nous attarder.

Policier, militaires, ils sont partout, et bien armés : mitraillette, lance-grenade, ici on ne rigole pas avec la sécurité. Mais si on les voit souvent, il est rare qu’ils nous arrêtent lors d’un barrage. S’ils le font, c’est généralement juste pour nous souhaiter bonne route, ou encore -en gros curieux qu’ils sont- pour jeter un œil dans le véhicule, et s’extasier sur l’arrangement intérieur. Je suppose que ça doit rompre leur monotonie.

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Les journées s’enchaînent, alors que notre chemin en direction de Bogota nous amène dans les premiers contreforts des Andes. La route s’élève de plus en plus, et nous nous excitons à chaque fois que nous voyons un signe particulier : la première personne qui porte un poncho, le premier lama… Et avant que nous ne nous en soyons rendu compte, ça y est, nous sommes dans la cordillère des Andes ! Les paysages sont grandioses, les vallées géantes et verdoyantes …

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Macc joue à saute-mouton avec les cols, nous passons parfois plusieurs fois de 300 mètres d’altitude à plus de 3000 dans la même journée. Il est aussi très courant que nous roulions au-dessus du niveau des nuages…

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La route serpente le long des flancs des montagnes, nous progressons lentement lors des montées, car gênés par les lourds semi-remorques nous précédant, et encore plus lentement lors des descentes, pour ménager nos freins. Macc est un peu lourd, et si nous ne descendons pas en première, les freins se plaignent en dégageant rapidement une odeur de brûlé : signal avant-coureur qu’il faut ménager notre monture…

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Vu qu’il y a très peu d’endroits où nous avons pu nous arrêter sur la route, excusez-nous pour le manque de photos ; cela ne rend absolument pas justice à la beauté de la cordillère…

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Nous passons par le petit village de Zipaquirá, ou nous nous arrêtons pour visiter la cathédrale de sel, un des joyaux de l’architecture de la Colombie. Ce que le nom n’indique pas, c’est qu’il s’agit en fait d’une cathédrale entièrement située à l’intérieur d’une mine de sel toujours en activité.

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Les sections de tunnels qui ne sont plus utilisées ont vu leurs flancs sculptés et aménagés en différentes nefs et lieux de prière. La cathédrale peut accueillir plus de 8,000 personnes lors des jours saints, mais pour nous aujourd’hui elle est presque déserte. Les enfants en profitent pour lécher les murs ou les sculptures dès qu’on a le dos tourné, et finalement j’ai essayé : c’est vrai que c’est salé !

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Nous arrivons finalement à Bogota, ou nous trouvons un petit stationnement gardé pour nous accueillir pour la nuit. Pour nous pas de problème, pour Jacky et son autobus il faudra se glisser au chausse-pied dans le dernier emplacement libre, et pour Roberto et Maria ce bivouac sera à la fois l’occasion de réparer leur caravane (qui tombe un peu en morceaux suite à l’état des routes locales), mais aussi de nous dire au revoir : ils doivent foncer en équateur pour aller chercher des parents venus leurs rendre visite. A Bientôt les amis !

Nous qui avons un peu plus de temps, nous utilisons les transports en commun pour aller visiter le centre-ville, qui n’a pas beaucoup de charme mis à part le musée de l’or, qui recèle d’antiquités indigènes faites en or. C’est le plus grand et le plus riche musée de ce type sur la planète.

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Au fait : vous savez sûrement que vous pouvez voir en temps réel notre emplacement en cliquant sur la page « notre position », en haut à droite. Et vous êtes nombreux à la consulter chaque jour ! Détail cocasse : un ami en France ayant vu que nous étions stationnés prêt de l’hôpital de Bogota, nous a même écrit pour savoir si tout allait bien ! Merci Pierre H !

Nous repartons après seulement quelques jours sur le chemin de la cordillère des Andes – décidément, les villes ce n’est pas pour nous !

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Prochaine destination : le village de Solento, perdu dans la campagne colombienne, mais touristique à souhait. Il y a beaucoup d’artisanat local, dont beaucoup fait en bambou. Ma belle Orlane me fait les yeux doux : je craque. Il faut savoir que j’ai très, très limité sur l’achat de souvenir auparavant, par manque de place dans le camping-car. Mais elle sait me convaincre, alors allons-y, faisons chauffer la carte bleue, ensuite nous pourrons toujours envoyer un colis postal à mes parents avec tous les souvenirs et autres babioles – ça nous fera toujours un petit cadeau à notre retour !

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En plus de son artisanat, la région est aussi connue pour ses plantations de café, alors je me laisse tenter par une truite au café : délicieux ! Par contre, lorsque quelques jours plus tard on me proposera le long de l’autoroute des fourmis géantes grillées, sur le coup je refuserai. Maintenant je regrette un peu.

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Des jours durant, nous suivons la route aux paysages sublimes et toujours variés. Dans une région par exemple, c’est la culture de canne à sucre qui domine. Les camions lourdement chargés de cannes comportent parfois jusqu’à 4 remorques ! Pas facile à doubler, d’autant plus que les routes de montagnes sont sujettes à des effondrements de terrain fréquents, et il y a parfois des sections entières de route qui manquent, ou qui sont recouvertes de gravats…

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Un matin pourtant, nous avons l’occasion de nous retrouver sur un beau bout d’autoroute, plat et tout neuf. La vitesse monte, 90km/h, 100km/h, ça fait longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de faire une petite pointe. Tout d’un coup, le talkie-walkie grésille, c’est Jacky qui roule derrière nous qui nous appelle : « Vous avez perdu une fenêtre ! » Orlane et moi nous regardons : « – Quoi !!?? » Nous nous stationnons et constatons les dégâts, ou plutôt le trou : plus de fenêtre au lit de Jules !

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C’est en fait un mauvais concours de circonstances : la veille au matin, Jules a terminé le dernier devoir de son année scolaire. Durant la nuit, il s’est endormi la fenêtre ouverte, que j’ai refermée de l’extérieur sans la verrouiller. Le lendemain matin, au moment de partir, Jules nous a demandé la permission de lire un livre dans notre lit, vu qu’il n’avait plus d’école à faire. La routine a été changée, je n’ai pas vu sa fenêtre, car elle est située en hauteur, puis nous sommes partis. Jules n’étant pas dans son lit ne s’est pas rendu compte que la fenêtre n’était pas verrouillée, et l’unique pointe de vitesse des derniers mois n’a pas manqué de faire son œuvre : un coup de vent a soulevé et disloqué la fenêtre, qui s’est retrouvée sur le bitume. Je ramasse les morceaux que je peux, et rescotche le tout… Ça fera l’affaire quelque temps, mais en tout cas, ça remet un peu les pendules à l’heure : après quasiment une année de voyage, le train-train s’installe, la routine est là, on devient complaisant, on croit que tout roule… Et dès le moindre grain de sable, ça donne de la casse ! Pour notre premier incident sérieux, les conséquences ne sont pas bien graves, mais je me promets d’être plus vigilant, notamment lors de mon tour d’inspection du véhicule que je fais avant chaque départ…

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La route reprend, il ne nous reste que 2 items sur notre liste des endroits à visiter : le premier est la lagune de Cocha, petit lac situé près de Pasto à 2800 mètres d’altitude. Nous stationnons sur les hauteurs, dans le stationnement d’un hôtel très joli, mais dont il nous est impossible de comprendre comment il peut fonctionner : aucun client durant tout notre séjour, et la route d’accès n’est qu’un chemin de terre caillouteux. Enfin…

Au programme, balade en « lancha » (petit bateau) jusqu’au petit village voisin pour un après-midi charmant.

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Le dernier item sur notre liste des endroits à visiter est le sanctuaire de Las Lajas, une délicate basilique construite entre ciel et terre dans un canyon. Un pont de 50m de haut la relie à l’autre côté de la montagne, et c’est un plan parfait pour faire une bonne séance de photo comme je les aime, le Canon mitraille.

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En remontant à nos véhicules, nous cherchons à manger un morceau, et les étals proposent un bon cuy rôti.

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Appétissant n’est-ce pas ? Avant de vous lécher les babines, il vous faut savoir que le cuy n’est autre que… du cochon d’Inde ! Eh oui, votre animal de compagnie favori est ici classé dans les délicatesses culinaires andines ! Peu exigeant, il prend peu de place, mange de tout, et a une croissance rapide : dans la région il est élevé par les familles pauvres, un peu comme des lapins… Mais nous n’en mangerons pas aujourd’hui, nous nous réservons ce plaisir pour le Pérou… Ah oui, il faut aussi savoir qu’en espagnol, « cuy » se prononce plus ou moins « couille », ce qui ajoute au comique quand il faut le commander au restaurant…

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Le départ de la basilique signale un peu la fin de nos aventures en Colombie ; notre dernière étape sera une nuit à la ville frontière d’Ipales, à 300 mètres de la frontière avec l’Équateur, ou il n’y aurait rien à signaler à part le prix exorbitant de la nuit vu que l’hôtel nous force à prendre une chambre – mais comme dit notre ami Jacky, une chambre au prix colombien c’est toujours moins cher qu’un camping aux États-Unis.

Voilà, vous savez à peu près tout de notre trajet en Colombie. Vous en aurez aussi appris un peu plus sur la Colombie elle-même, et ses merveilleux paysages des Andes. Mais il reste un point dont nous n’avons pas encore parlé : les Colombiens eux-mêmes. C’est bien simple, ce sont les habitants les plus chaleureux, sympathiques et accueillant que nous ayons rencontrés depuis notre entrée en Amérique Latine. Toujours le sourire, prêt à venir discuter avec nous – non pas pour réclamer quelque chose, mais juste pour le plaisir de discuter et d’en apprendre un peu plus sur nous. Les voitures nous font des signes en nous doublant, et parfois, les gens viennent nous voir pour nous offrir des fruits, ou même du pain. Tout le monde nous souhaite la bienvenue dans leur pays, habitants comme policiers ou militaires.

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Depuis le début de notre voyage, nous nous faisions souvent poser les mêmes questions : « D’où venez-vous ? », « Ou allez-vous ? », « C’est une maison roulante là-dedans ?», ou encore «Comment trouvez-vous notre pays ? ». Par contre, en Colombie, c’est la première fois que les habitants prennent l’habitude de nous poser cette question : « Quelle est l’image de la Colombie dans votre pays ? » Et là, on ne peut pas mentir : La Colombie a une image assez déplorable véhiculée par les médias : cartels de la drogue, guérilleros Farc, corruption… Le colombien sait cela et le comprend, mais pour une raison inconnue il a besoin de se le faire dire. Évidemment, nous rajoutons immédiatement ce que nous, nous savons désormais : oui, la Colombie a eu des problèmes, et elle en a encore (certaines régions sont toujours aux mains des Farc ou des trafiquants), mais c’est un pays tellement formidable, tellement beau et tellement ouvert que je ne comprends pas pourquoi elle ne figure pas plus aux programmes des agences de voyages. Il y a tellement à voir ! De plus, les colombiens voyagent dans leur pays, prennent des vacances, visitent : ils ont donc une bonne connaissance de leur pays et il y a une infrastructure touristique déjà en place et bien établie, même si elle n’est pas toujours d’un niveau 4 étoiles. C’est pourquoi quand nous discutons avec eux, nous leur expliquons l’image qu’ils ont à l’étranger, mais aussi que nous allons travailler désormais à « répandre la bonne parole » : la Colombie ne correspond pas à sa réputation et gagne à être connue et visitée. Mais changer cette réputation sulfureuse prendra probablement une, voir plusieurs générations.

Allez, à bientôt cher lecteur, on se retrouve de l’autre côté de la frontière, en Équateur. En attendant, un grand merci à nouveau à Françoise, Jacky, Roberto et Maria, pour nous avoir offert leur aide, mais aussi et surtout leur amitié. Jacky, merci aussi pour tes photos que j'ai publié ici !

Ah, et bien sûr, salutations à tous nos lecteurs, vos petits commentaires nous encouragent ; et même pour ceux qui (comme vous, Monsieur Oblak !) nous suivent assidûment sans laisser de commentaires, merci !

 

 


Note: comme vous l'aurez peut-être remarqué, nous travaillons fort sur notre blog et testons diverses options pour vous le rendre plus agréable (abonnement, photos panoramiques, etc…). Aujourd'hui, nous vous proposons ci-dessous un diaporama; en effet, nous avons toujours plus de photos que ce nous avons de place disponible avec le texte. Vous y retrouverez donc les photos publiées plus haut ainsi que d'autres, inédites. Dites-nous ce que vous en pensez !

 

 

 

8 réflexions au sujet de « Colombie: le démenti »

  1. SOAT! Le québécois en moi a bien rit! Vous ne parlez pas beaucoup des enfants et leur routine jusqu'à présent. Alors à quoi ça ressemble? L'école? Une journée "normale"?

    Alex

    1. Ouaips, nous allons faire quelques rubriques de ce genre maintenant que nous sommes (presque) à jour… Mais pour l’instant, faut que je démonte mon $&@# d’alternateur….

  2. Cool la Colombie. Même sentiment que vous concernant ce pays même si je ne suis restée qu'à carthagène… Merci encore pour ce beau récit ! Sur mobile i phone on n'a plus accès à votre position et le diaporama et vidéo ne marchent pas mais je vais de ce pas ouvrir mon ordi pour les voir!

  3. Merci de prendre le temps d'écrire vos expériences et votre voyage.J'aime bien aussi quand vous expliquez les "procédures" administrative !!!! des pays visité.

    Les photos et textes super , j'ai toujours hâte au prochain article……

    Marc 

  4. "Des nouvelles de David ?" C'est devenu une question régulière de nos garçons …qui vous envient! 

    Ce compte rendu de la Colombie est franchement plaisant à lire, bravo David pour le temps passé à écrire toutes ces anecdotes pleines d'humour !  La traduction de SOAT nous a fait rire de bon coeur, nous les canadiens québécois que nous sommes !! (depuis mars, oui oui, examen, entretien avec le jur y et cérémonie …on en a des drapeaux candiens dans la maison!)

    Même si je ne réponds pas à chacun des récits que vous mettez sur votre site, nous vous suivons de près! 

    En tous cas, depuis que vous êtes partis et de plus en plus, j'espère que nous aurons la chance et l'honneur de vous accueillir à Montréal lorsque vous aurez reposé vos bagages…à moins que nous nous retrouvions quelque part dans un coin de France?

     

    Grosses bises de nous 6 

    Françoise

     

     

     

  5.  

    encore merci de nous faire voyager avec vous.Continuez a nous envoyer de belles  photos.Je me suis permis de donner votre site a nos vacanciés qui se sont pris de passion,vous aurez des nouvelles bientot gros bisous a vous 5 et a plus de vous lire

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